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27/03/2011

Fukushima-1, calvaire et cauchemar nucléaires (2)

 Que faire du site de Fukushima Daiichi ? Peut-on encore protéger les populations de ses émanations ? Comment vivre à quelques centaines de kilomètres d'une Hydre nucléaire ?

Là aussi, il faut être net : la centrale est condamnée.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsElle demeurera une verrue nucléaire pour les siècles qui viennent. Ou au moins pour les prochaines décennies, selon les experts les plus optimistes. Lorsque le refroidissement sera à nouveau opérationnel – ce qui est loin d'être fait –, que les piscines seront débarrassées de leurs barres pour être retraitées à La Hague – ce qui va faire encore hurler écologistes –, que les cuves des réacteurs seront obturées définitivement – un autre grand défi technique –, viendra le temps de l'encapsulation des réacteurs. Comme à Tchernobyl, chaque bâtiment sera enfoui (y compris par en-dessous) dans un « sarcophage » en acier et béton, afin que la radioactivité y demeure piégée.

Les 3,5 km2 du site de la centrale, sur les 377 944 km2 que compte l'archipel, seront donc définitivement interdits à toute activité autre que de surveillance-sécurité. Mais si l'on inclut la « zone évacuée », d'un rayon d'environ 30 km autour de la centrale, on parvient à près de 1 400 km2 interdits (1). Or, seuls 22 % du territoire sont habitables, soit 80 500 km2, le reste du pays étant occupé par des montagnes (2). Avec une densité moyenne de population de 339,7 habitants par km2, on devine immédiatement l'ampleur des dégâts.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsCe n'est pas tout. L'air et l'eau se chargent progressivement en particules radioactives, l'eau du robinet de Tokyo – à 350 km de Fukushima – devenant impropre à la consommation pour les bébés. De même, poissons et légumes verts présentent des taux de contamination en augmentation depuis plusieurs jours – sans compter les destructions occasionnées par le tsunami du 12 mars dernier. A long terme, ces particules seront précipitées dans la terre par les pluies. Et des éléments présents seulement dans des réacteurs nucléaires, comme l'iode 131 ou divers isotopes du césium, vont déterminer l'avenir de ces populations, ainsi que de leurs territoires.

Prenons l'exemple du césium 137 (137Cs), qui conditionne principalement le niveau d’exposition à long terme des populations. Ce radioélément est à l’origine d’une irradiation externe, du fait des rayons gamma qu’il émet, et d’une contamination interne quand il est ingéré, car il émet également des rayons bêta (3). La demi-vie (ou période) du 137Cs est de 30 ans, c'est-à-dire qu'il perd la moitié de sa radioactivité au bout de 30 ans. Mais des mesures en Belgique, depuis Tchernobyl, ont montré que la quantité de 137Cs ingéré dans le corps a décru bien plus vite que la décroissance radioactive naturelle. Ce qui est une bonne chose. En revanche, pour le 135Cs, les valeurs sont bien pires : sa période est en effet de 2,3 millions d'années !

Le Japon devra donc s'habituer à ne plus pouvoir compter sur une partie de son territoire, jusqu'ici riche de terres cultivables et d'usines diverses. Il devra vivre avec ces six monstres plus ou moins endormis, comme les Ukrainiens se sont habitués à exister à l'ombre de la centrale de Tchernobyl. Les politiques et les industriels devront redistribuer les cartJapon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisons, réfugiéses de l'activité économique, en fonction des besoins de la mondialisation et des déplacements de population. Les Etats-Unis ont pu absorber l'exode qui a suivi l'ouragan Katrina, en Louisiane en septembre 2005, grâce à leur immense territoire (9,629 millions de km2). Le problème sera bien plus complexe sur l'archipel nippon, avec 170 000 personnes déplacées et précarisées depuis deux semaines.

L'une des grandes chances du Japon est d'être un pays hautement technologique. Ces capacités lui permettront donc d'affronter le futur pour le moins nébuleux qui se présente à lui. Et qui dépasse déjà ses responsables politiques.

D'ici à 25 ou 30 ans, des gens braveront les interdictions et rentreront chez eux. Comme ces rescapés ukrainiens qui, 25 ans après Tchernobyl, reviennent actuellement dans leurs maisons, mangeant leurs légumes contaminés bien au-delà des doses limites, respirant un air chargé de particules radioactives. Peu leur importe : tous ces « revenants » sont septuagénaires ou octogénaires. Après un quart de siècle d'exil intérieur, autant finir sa vie dans son logis.

Les Japonais, eux, seront toujours tiraillés entre leurs devoirs et leur espoir.

 

(1) Ce n'est pas une erreur de calcul. La zone de 30 km de rayon s'étend en effet sur une surface de 3,14 * r2, soit 2 826 km2. Mais, la moitié de cette superficie est occupée par l'océan...

(2) En France, cela reviendrait à déclarer inhabitable le département des Landes !

(3) Tous ces rayons sont dits ionisants, car ils modifient les éléments chimiques composant les entités biologiques, tout en cassant la structure de l'ADN.

Commentaires

Ils sont pas sortis de l'auberge en somme.

Écrit par : Nath-Sakura | 30/03/2011

Comme tu le dis, chère consœur ! D'autant que la situation de ces derniers jours ne cesse de se dégrader, avec cette eau radioactive que Tepco veut pomper dans un tanker. Mais pour en faire quoi ? La disperser au large, peut-être ?

Écrit par : Philippe Dagneaux | 31/03/2011

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