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29/03/2011

Au péril des pesticides

chimie, pesticides, Marie-Monique, Robin, livre, film, Arte, enquête, journalisme d'investigation, club presse"Le scandale des pesticides, lorsqu'il éclatera, sera au moins aussi important que celui de l'amiante".

Marie-Monique Robin est sûre d'elle, après plus de deux ans d'enquête à pister les pesticides, ces "produits miracles" de l'agriculture industrielle, qui ont soi-disant permis aux agriculteurs de nourrir le monde. Las : plus d'un demi-siècle après leur introduction à hautes doses dans nos prairies et nos potagers, les pesticides montrent un bilan pour le moins négatif... sauf pour les industriels de la chimie, évidemment.

La journaliste d'investigation sait de quoi elle parle. Fille d'agriculteurs, elle a vu deux membres de sa famille être malades de ces produits chimiques, censés rendre la nourriture plus saine et plus contrôlée, notamment contre les ravageurs (insectes, germes...). Son père lui-même a épandu ces pesticides durant la plus grande partie de sa vie professionnelle.

Elle en a parlé à près de 200 personnes, réunies ce soir à la salle Pétrarque, à Montpellier. Elle y avait été invitée par le Club de la Presse Montpellier-Hérault-Languedoc-Roussillon, en partenariat avec la librairie Sauramps.

chimie, pesticides, Marie-Monique, Robin, livre, film, Arte, enquête, journalisme d'investigation, club presseA présent, Marie-Monique Robin lève le voile sur les absurdités, les dissimulations et les à peu près des industriels et des autorités censées les surveiller ou les réguler. Dans son nouveau grand reportage - qui a débouché sur un film et sur la publication d'un livre, au titre évocateur : "Notre poison quotidien" (1) -, elle met également en lumière le danger même posé par ces produits chimiques hautement toxiques pour la plupart. "Cancers de divers types, obésité, maladie de Pakinson, maladies dégénératives du système nerveux, empoisonnement des urines des enfants" : la liste est longue de leurs méfaits, de leurs dégâts.

Son enquête a mené la consoeur au sein des instances régulatrices de l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Elle y a appris avec stupeur que sur les milliers de molécules disponibles dans l'industrie, seules quelques centaines ont été testées au niveau de leur toxicité ! Et encore, une par une, alors que les champs du monde entier sont littéralement contaminés par des cocktails de ces molécules. De plus, le concept de dose journalière acceptable (DJA), c'est-à-dire la dose d'une molécule que l'ont peut respirer ou ingérer chaque jour sans être malade, ne repose sur aucune base scientifique sérieuse. Mais la DJA fait les beaux jours de l'industrie chimique depuis 1961, tout en permettant à l'OMS de trouver un excellent prétexte derrière lequel se retrancher...

La situation est très sérieuse. La France est le troisième consommateur mondial de pesticides phytosanitaires, c'est-à-dire destinés aux plantes. A la main, par tracteurs, avions ou hélicoptères, des millions de tonnes de ces produits chimiques sont épandus chaque année partout en terre de France, avec des résultats bien moins mirobolants que ceux avancés par l'industrie. Par exemple, bien des insectes se sont adaptés à ces toxines chimie, pesticides, Marie-Monique, Robin, livre, film, Arte, enquête, journalisme d'investigation, club presseartificielles - par la bonne vieille loi de l'évolution -, ce qui oblige les agriculteurs à augmenter les doses. Le même échec cuisant que pour le DDT, qui a fini par être interdit.

Les méthodes alternatives existent (2), souvent depuis des siècles, pour faire face aux ravageurs des plantations. Mais ces remèdes souvent simples, naturels et surtout peu coûteux, gênent pas mal de monde. Un jardinier professionnel breton en a eu l'illustration l'an dernier. Il avait lancé un site internet, sur lequel il enseignait les recettes traditionnelles à base d'herbes. Il a dê le fermer : l'industrie chimique avait porté plainte contre lui pour "concurrence déloyale" et l'Etat l'avait assigné en justice parallèlement pour "exercice illégal de la chimie" ! Quand on parle de conflits d'intérêts...

Le film de Marie-Monique Robin a remporté un énorme succès lors de sa diffusion sur Arte, la meilleure audience depuis la création de la chaîne... Le livre, qui fait suite à celui qu'elle avait consacré au "Monde de Monsanto" il y a trois ans, est dense, très documenté. Du vrai travail de journaliste.

Ce qui prouve que le journalisme d'investigation, concernant des sujets de société aigus et impliquant toute la population, a encore de beaux jours devant lui. C'est un journalisme de qualité, qui intéressera toujours les lecteurs-auditeurs-téléspectateurs-internautes, car il parle de la vie quotidienne et décrypte les dangers sournois de nos sociétés dites modernes et avancées.

 

(1) Pour en savoir plus, le blog de Marie-Monique Robin sur les pesticides : http://robin.blog.arte.tv/category/notre-poison-quotidien/

(2) Lire le livre du Cemagref et de l'Inra : "Pesticides, agriculture et environnement - Réduire l'utilisation des pesticides et en limiter les impacts environnementaux", ouvrage collectif, 134 pages, éditions Quae, mars 2011.

27/03/2011

Fukushima-1, calvaire et cauchemar nucléaires (2)

 Que faire du site de Fukushima Daiichi ? Peut-on encore protéger les populations de ses émanations ? Comment vivre à quelques centaines de kilomètres d'une Hydre nucléaire ?

Là aussi, il faut être net : la centrale est condamnée.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsElle demeurera une verrue nucléaire pour les siècles qui viennent. Ou au moins pour les prochaines décennies, selon les experts les plus optimistes. Lorsque le refroidissement sera à nouveau opérationnel – ce qui est loin d'être fait –, que les piscines seront débarrassées de leurs barres pour être retraitées à La Hague – ce qui va faire encore hurler écologistes –, que les cuves des réacteurs seront obturées définitivement – un autre grand défi technique –, viendra le temps de l'encapsulation des réacteurs. Comme à Tchernobyl, chaque bâtiment sera enfoui (y compris par en-dessous) dans un « sarcophage » en acier et béton, afin que la radioactivité y demeure piégée.

Les 3,5 km2 du site de la centrale, sur les 377 944 km2 que compte l'archipel, seront donc définitivement interdits à toute activité autre que de surveillance-sécurité. Mais si l'on inclut la « zone évacuée », d'un rayon d'environ 30 km autour de la centrale, on parvient à près de 1 400 km2 interdits (1). Or, seuls 22 % du territoire sont habitables, soit 80 500 km2, le reste du pays étant occupé par des montagnes (2). Avec une densité moyenne de population de 339,7 habitants par km2, on devine immédiatement l'ampleur des dégâts.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsCe n'est pas tout. L'air et l'eau se chargent progressivement en particules radioactives, l'eau du robinet de Tokyo – à 350 km de Fukushima – devenant impropre à la consommation pour les bébés. De même, poissons et légumes verts présentent des taux de contamination en augmentation depuis plusieurs jours – sans compter les destructions occasionnées par le tsunami du 12 mars dernier. A long terme, ces particules seront précipitées dans la terre par les pluies. Et des éléments présents seulement dans des réacteurs nucléaires, comme l'iode 131 ou divers isotopes du césium, vont déterminer l'avenir de ces populations, ainsi que de leurs territoires.

Prenons l'exemple du césium 137 (137Cs), qui conditionne principalement le niveau d’exposition à long terme des populations. Ce radioélément est à l’origine d’une irradiation externe, du fait des rayons gamma qu’il émet, et d’une contamination interne quand il est ingéré, car il émet également des rayons bêta (3). La demi-vie (ou période) du 137Cs est de 30 ans, c'est-à-dire qu'il perd la moitié de sa radioactivité au bout de 30 ans. Mais des mesures en Belgique, depuis Tchernobyl, ont montré que la quantité de 137Cs ingéré dans le corps a décru bien plus vite que la décroissance radioactive naturelle. Ce qui est une bonne chose. En revanche, pour le 135Cs, les valeurs sont bien pires : sa période est en effet de 2,3 millions d'années !

Le Japon devra donc s'habituer à ne plus pouvoir compter sur une partie de son territoire, jusqu'ici riche de terres cultivables et d'usines diverses. Il devra vivre avec ces six monstres plus ou moins endormis, comme les Ukrainiens se sont habitués à exister à l'ombre de la centrale de Tchernobyl. Les politiques et les industriels devront redistribuer les cartJapon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisons, réfugiéses de l'activité économique, en fonction des besoins de la mondialisation et des déplacements de population. Les Etats-Unis ont pu absorber l'exode qui a suivi l'ouragan Katrina, en Louisiane en septembre 2005, grâce à leur immense territoire (9,629 millions de km2). Le problème sera bien plus complexe sur l'archipel nippon, avec 170 000 personnes déplacées et précarisées depuis deux semaines.

L'une des grandes chances du Japon est d'être un pays hautement technologique. Ces capacités lui permettront donc d'affronter le futur pour le moins nébuleux qui se présente à lui. Et qui dépasse déjà ses responsables politiques.

D'ici à 25 ou 30 ans, des gens braveront les interdictions et rentreront chez eux. Comme ces rescapés ukrainiens qui, 25 ans après Tchernobyl, reviennent actuellement dans leurs maisons, mangeant leurs légumes contaminés bien au-delà des doses limites, respirant un air chargé de particules radioactives. Peu leur importe : tous ces « revenants » sont septuagénaires ou octogénaires. Après un quart de siècle d'exil intérieur, autant finir sa vie dans son logis.

Les Japonais, eux, seront toujours tiraillés entre leurs devoirs et leur espoir.

 

(1) Ce n'est pas une erreur de calcul. La zone de 30 km de rayon s'étend en effet sur une surface de 3,14 * r2, soit 2 826 km2. Mais, la moitié de cette superficie est occupée par l'océan...

(2) En France, cela reviendrait à déclarer inhabitable le département des Landes !

(3) Tous ces rayons sont dits ionisants, car ils modifient les éléments chimiques composant les entités biologiques, tout en cassant la structure de l'ADN.

Fukushima-1, calvaire et cauchemar nucléaires (1)

 Disons-le tout net : une partie de ces hommes sont condamnés.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsDes centaines de techniciens, ingénieurs, pompiers et soldats s'échinent, depuis plus de deux semaines, à rétablir le refroidissement des six réacteurs nucléaires de la centrale électrique de Fukushima 1 - Daiichi. Exposés à des bouffées de radiations accroissant les doses qu'ils reçoivent, pataugeant dans des flaques d'eau de mer dangereusement contaminées, certains de ces hommes n'ont que quelques semaines, au plus quelques mois, à vivre. C'est leur calvaire.

Tepco, l'opérateur privé du site, s'est fendu d'un communiqué hier. Tokyo Electric Power Compagny y explique que deux de ces « travailleurs de l'impossible » – ça, c'est moi qui l'ajoute – ont dû être transportés à l'hôpital universitaire de Fukushima, car ils ont été « irradiés » ou « contaminés ». Si les images qu'a diffusée vendredi soir NHK, la chaîne de télévision publique japonaise, sont bien celles de ces techniciens, on a pu voir une grosse tache brunâtre dévorer une partie du bras gauche de l'un d'eux. Signe indéniable d'une très forte irradiation, donc d'une longue exposition de ces hommes.

Courageux, car ils savent pertinemment ce qu'ils risquent.

A ce propos, l'Autorité de sûreté nucléaire nippone a tapé sur les doigts de Tepco – une nouvelle fois ! –, pour avoir quelque peu négligé la protection de ces « liquidateurs » (1). Manifestement, les combinaisons blanches exhibées par la compagnie ne les protègent pas assez efficacement, surtout dans une ambiance surchargée de radiations, ainsi que de poussières et d'eau contaminées.

Les effets biologiques des irradiations et des contaminations sont bien connus depuis Marie Curie, la Seconde Guerre mondiale et des centaines d'essais militaires sur des hommes. Nausées, fièvre, chute du taux de lymphocytes (globules blancs), diarrhées et hémorragies intestinales, épidermites, lésions des organes vitaux (cœur, foie, tube digestif, poumon, moelle épinière...), cancers radio-induits, voire décès.

Bien évidemment, tous ces effets dépendent de la dose reçue. Par exemple, les données japonaises, issues de Hiroshima et Nagasaki, suggèrent que le risque de leucémie est de 30 cas pour 100 000 personnes (2). D'autre part, les études montrent que les dégâts irréversibles débutent à une dose de 4 000 millisieverts (mSv).

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsSur ce point, Tepco a révélé hier qu'au moins trois de ses travailleurs avaient reçu (en quelques heures ou quelques jours, ce n'est pas précisé) des doses comprises entre 100 et 170 mSv. A noter qu'en France, les travailleurs du nucléaire sont limités à 20 mSv par an – moyennés aussi sur 5 ans – et que la dose naturelle moyenne est de 2,45 mSv par an (3).

Déjà pris une bonne dizaine de fois en flagrants délits de mensonges et de falsifications, et ce depuis 10 ans au moins, l'opérateur Tepco n'a pu éviter que soit révélée la contamination de l'eau de mer et, partant, des produits de la pêche. Un vrai choc culturel car au Japon, ils constituent la base de l'alimentation.

C'est précisément là où la catastrophe de Fukushima se transforme de calvaire en cauchemar.

 

(1) Surnom donné aux milliers d'hommes qui, en 1986, ont nettoyé le réacteur n°4 explosé de Tchernobyl et l'ont noyé sous des centaines de tonnes de sable et de bore. Le nombre de victimes a été effroyable... et inconnu.

(2) Sur les effets cliniques des radiations, lire le cours de la faculté de médecine de Rennes : www.med.univ-rennes1.fr/cerf/edicerf/BASES/BA001_cv_rb_9....

(3) htpp://lpsc.in2p3.fr/gpr/french/RadioOrdre/radioGrandeur/radioGrandeur.html

21/03/2011

M 63, la galaxie du Tournesol

Juste un petit clin d'oeil venant du cosmos, à propos du nom que j'ai donné à mon blog - à la Rédaction, tout le monde m'a surnommé Professeur Tournesol depuis longtemps... et c'est bien agréable !

Astronomie, galaxie, Messier, M 63, tournesolVoici donc M 63, la galaxie dite du Tournesol !

A 37 millions d'années-lumière de la Terre, cette galaxie de type Sb forme un groupe de galaxies autour de M 51, la célèbre double galaxie de la constellation des Chiens de Chasse (Canes Venaticorum).

On peut l'observer avec une bonne paire de jumelles et la photographier avec un appareil - APN ou argentique -, fermement fixé au foyer d'un télescope d'au moins 150 mm de diamètre.


18/03/2011

Messenger, premier satellite artificiel de Mercure

astronomie, Mercure, Messenger, système solaire, sonde, JPL Au terme de 2 418 jours de voyage, la sonde américaine Messenger s'est satellisée la nuit dernière autour de Mercure, la planète la plus proche du Soleil. Une première spatiale, réalisée avec le doigté et la finesse légendaires des "navigateurs interplanétaires" - c'est bien la dénomination officielle de leur métier - du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa, à Pasadena (Californie).

Messenger est certainement la sonde la plus robuste conçue par la Nasa. Elle doit résister à la chaleur, la lumière, les forces magnétiques et les ondes sonores du Soleil, qui ne se trouve qu'à 57,7 millions de kilomètres (un tiers de la distance Terre-Soleil). Sa mission primaire - cartographie à haute résolution d'au moins 50 % de la surface,  étude du champ magnétique, spectrométrie gamma et X, analyse de la composition de l'atmosphère et de la surface - doit durer au moins une année mercurienne (88 jours); ses instruments sont donc placés derrière un véritable bouclier en céramique pour les protéger de l'étoile.

astronomie, Mercure, Messenger, système solaire, sonde, JPLMercure constitue un monde fascinant car peu connu. D'abord parce que la température de sa surface tournée vers l'étoile Soleil monte à 427°C - de quoi faire fondre  l'étain - et que celle de la face nocturne plonge à - 183°C. Ensuite parce que la première reconnaissance, menée en 1974 et 1975 par Mariner-10, a laissé les images d'une planète densément cratérisée,  parcourue de bassins de lave et présentant les stigmates d'une activité tectonique dûe aux réajustements de la croûte aux extrêmes de température. Enfin parce que sa période de révolution autour du Soleil (88 jours terriens) est accompagnée d'une très lente rotation sur elle-même : chaque jour mercurien vaut près de 6 mois terrestres.

Mariner 10 a laissé les astronomes sur leur faim et leurs questions. Comment s'est formée cette petite planète de 4 878 km de diamètre ? Pourquoi est-elle si dense ? Son noyau est-il réllement en fer ? Pourquoi est-elle entourée d'une très fine atmosphère d'hydrogène et de sodium ? Montre-t-elle réellement des zones glacées aux pôles, comme semblent l'avoir révélé les observations par radar depuis la Terre ? Que peut-elle nous apprendre sur la formation de notre Terre et du reste du système solaire, il y a 4,75 milliards d'années ?

Durant son long voyage vers Mercure, Messenger en a profité pour "tirer le portrait" de ses soeurs planétaires. C'est la première photo de famille (composite) du système solaire vu de l'intérieur, prise en novembre 2010. La photo vue de l'extérieur avait été réalisée par la sonde interstellaire Voyager-1 en 1990.

Des images qui nous rappellent notre habituelle petitesse...

 

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