Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

12/03/2011

Séisme et tsunami, l'alliance infernale (2)

Les Japonais ont un nom pour baptiser ces vagues gigantesques, venant de l'océan et formées par un séisme majeur au large. Tsunami veut dire "vague dans le port". Ils les connaissent bien. Normal, ils en souffrent depuis des siècles.

Lorsque les tensions se libèrent dans une zone de subduction, la plaque continentale supérieure se soulève pour laisser glisser celle qui plonge vers le centre de la Terre. Dans le même temps, elle soulève la masse d'eau qu'elle supporte. Chacun a pu en faire l'expérience en plongeant sa main dans l'eau et en la ramenant à plat vers la surface : le liquide se disperse dans toutes les directions. On dit alors que le séisme a transmis son énergie à la colonne d'eau.

Japon, tsunami, séisme, terre, faillesUn tsunami est constitué d'un train d'ondes plus ou moins concentriques, comme lorsque l'on lance une pierre dans un étang. Ce sont des ondes dites progressives, car elles progressent dans un milieu qui permet leur rapide propagation. Elles s'ajoutent, les unes après les autres, à la lente respiration naturelle de l'océan. Elles voyagent sans effort, sans contraintes. Leur chemin est tout tracé par les lois de la physique, de l'hydrodynamique, de la mécanique ondulatoire. De la gravité, aussi.

Ces ondes peuvent atteindre leurs objectifs terrestres des heures après leur point d'origine. En milieu liquide, elles se déplacent dans toutes les directions avec la même vélocité, typiquement 700 à 900 km/h. En gros, la vitesse d'un avion de ligne commercial.

Japon, tsunami, séisme, terre, faillesS'agissant du cas japonais, le calcul est vite réalisé. Sachant que le séisme de magnitude 9 a eu lieu à quelque 150 km des côtes nord-est de l'archipel, il s'est passé moins de quinze minutes entre l'événement géologique et l'arrivée des ondes sur les villes et villages. Un temps bien trop court pour évacuer des villes ou des villages. Un massacre en perspective.

D'autant que l'on entend trop souvent parler de "la" vague. Or, ces ondes progressives parviennent les unes après les autres sur les rivages, la première n'étant pas souvent la plus puissante. Chacune ajoute ses destructions, humaines ou matérielles, aux autres. Le monstre peut alors se déployer de toute sa plénitude sur des zones le plus souvent incapables d'y résister.

Pour ajouter à l'horreur du phénomène, le tsunami épouse littéralement la forme de la côte. Les ondes se rapprochent alors les unes des autres. La loi de conservation de l'énergie augmente leur taille tout en réduisant la longueur d'onde. Au Japon, la hauteur des vagues a oscillé entre 10 m sur Sendai et 15-17 m sur les réacteurs nucléaires de Fukushima.

Rien n'y peut résister.

Séisme et tsunami, l'alliance infernale (1)

L'énergie est le maître-mot de ce qui vient de se passer au Japon.

L'accumulation, la libération, puis la transmission de cette énergie ont provoqué une catastrophe unique dans l'Histoire, par la simultanéité des phénomènes naturels en jeu. Sans parler des conséquences nucléaires, qui vont ajouter leurs destructions à plus long terme encore.

La croûte terrestre, d'une épaisseur moyenne de 100 kilomètres, est morcelée en 52 plaques tectoniques. Elles se déplacent de 3 à 8 cm en moyenne les unes par rapport aux autres, au long d'immenses lignes de failles que l'on appelle fractures. Certaines se frottent  longitudinalement : ce sont les failles de cisaillement. D'autres écartent les  continents : ce sont les dorsales médio-océaniques. Enfin, certaines plongent l'une sous l'autre : ce sont les zones de subduction.Japon, tsunami, séisme, terre, failles

L'archipel japonais, composé de 6 852 îles de diverses tailles, se situe au bord de l'une de ces zones de subduction. La plaque portant l'océan Pacifique s'enfonce sous la plaque américaine portant le Japon, lui-même à l'intersection des plaques eurasienne et philippine. L'endroit idéal pour un scénario catastrophe... qui s'est déroulé quasiment en modovision.

La subduction pacifique ne constitue pas un phénomène linéaire - ce n'est pas un tapis roulant. Des tensions se forment en certains points et accumulent de l'énergie au fil du temps. Comme un engrenage qui grippe jusqu'au moment où il cède. Cette énergie peut s'évacuer à des intervalles très petits, de l'ordre de quelques jours ou de quelques mois,  provoquant des micro-séismes, comme elle peut mettre des siècles à se libérer. Et lorsque ces immenses tensions se relâchent d'un seul coup, cela génère un séisme majeur. Comme au Chili, le 22 mai 1960, d'une magnitude de 9.5 sur l'échelle ouverte de Richter - le plus important jamais enregistré de mémoire d'homme. Comme dans l'océan Indien, au large de l'Indonésie, le 26 décembre 2004 (magnitude 9.3).

Le séisme devient alors le précurseur d'un autre phénomène naturel impressionnant et destructeur : le tsunami.