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12/04/2011

Gagarine : 50 ans et des poussières...

 « Poyekhali ! ». On est partis !

Du haut de son mètre presque soixante, sanglé dans la capsule sphérique surmontant la fusée R-7 (matricule Vostok 8K72K E103-16), le jeune pilote soviétique de 27 ans lance Gagarine, Vostok, R-7, Korolev, Lune, cosmonautece mot léger, populaire, dynamique. Youri Alexeïevitch Gagarine communique ainsi son enthousiasme aux centaines de personnes qui, sur le cosmodrome de Baïkonour, veillent sur ce premier voyage spatial humain encore secret. En ce 12 avril 1961, Serguei Pavlovitch Korolev, le père du puissant missile intercontinental devenu lanceur spatial géant, regarde l'image télévisée de son « fils spirituel », engoncé dans sa combinaison de vol orange. La grande aventure va commencer, avec tout ce qu'elle comporte de risques infinis...

Depuis 50 ans, l'histoire de ce premier vol cosmique humain (1) a été décrite et analysée. Des détails ont été révélés. Comme les cartes de visite de sa mère Anna Gagarina, offertes par le Parti communiste de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et portant cette mention unique : « Mère du premier cosmonaute de l'Humanité ». Comme les circonstances de la mort du premier « pilote des étoiles », le 27 mars 1968, en raison d'une énorme erreur du contrôle aérien militaire russe.

Au-delà de l'exploit humain, technique et politique, l'anniversaire aujourd'hui de Vostok-1 nous renvoie une collection d'interrogations en pleine face.

Qu'avons-nous fait depuis ?

Tous les aspects de la mécanique spatiale ont été explorés, car leur maîtrise estGagarine, ISS, Korolev, Vostok, R-7, cosmonaute essentielle à l'affirmation de la place de l'homme sur orbite terrestre : vols à un, deux ou trois hommes puis femmes; vol en formation; rendez-vous orbital; sortie dans l'espace; vols de longue durée; travail dans le vide... Toutes ces techniques ont permis aux Soviétiques d'exploiter leurs premières stations orbitales, avant que les Américains se lancent vers la Lune et y fassent gambader douze hommes en trois ans. Dans le même temps, sondes interplanétaires et télescopes orbitaux ont permis de mener à bien la première reconnaissance presque complète du système solaire, tout en interrogeant les mystères de l'Univers.

Qu'en avons-nous retenu ?

L'une des grandes leçons de l'âge premier des vols spatiaux habités réside dans le passage de la compétititon à la coopération. Pour des motifs à la fois Gagarine, Vostok, cosmonaute, R-7, Korolev, Ariane, solaire, Soleil, Lunepolitiques et économiques, l'espace est devenu l'un des rares endroits "sur cette Terre" où les ambitions et les capacités ont accouché de systèmes satellitaires maintenant vitaux : télécommunications, météorologie, télédétection, étude des relations Terre-Soleil, géolocalisation... Le grand projet américain de station spatiale, Alpha devenue ISS (International Space Station), a fédéré les efforts technologiques et financiers d'une trentaine d'Etats. De même que le lanceur Ariane a procuré à l'Europe un moyen  efficace, indépendant et rentable d'accès à l'espace.

Gagarine, Vostok, Korolev, R-7, Ariane, Chinois, Lune, MarsL'autre grande leçon est l'élargissement de la communauté astronautique. Les Israéliens ont envoyé leurs propres satellites de reconnaissance, pour surveiller leurs voisins arabes. De leur côté, Brésiliens, Indiens et, surtout, Chinois se sont lancés sur la route de l'espace. Si les premiers veulent concurrencer l'Europe sur le marché des satellites, les deux autres lorgnent vers la Lune et Mars. Le programme chinois avance à grands pas, porté par l'immense trésor de guerre amassé par l'ancien Empire du Milieu, devenu "l'usine du monde". Pour Pékin, pas question de coopérer en quoi que ce soit avec les autres nations astronautiques. S'ils ont emprunté les vieilles techniques soviétiques, toujours robustes, les Chinois développement des véhicules pour bâtir une station spatiale d'ici à 10 ans, puis une base lunaire avant 2030.


 La troisième leçon débute par l'extraordinaire capacité humaine à investir un milieu qui, a priori, est d'une hostilité totale envers Homo sapiens. Vide, températGagarine, Vostok, R-7, Korolev, Ariane, Soleil, Mars, Terre, cosmonaute, espaceures extrêmes, vitesses élevées, rayonnements cosmiques, entre autres, constituent des barrières que l'homme n'était pas sûr de franchir. Elle se poursuit avec l'apprentissage à la dure du tribut à payer pour aller là-haut : Vladimir Komarov, Apollo-1, Discovery, Columbia, incendie à bord, collision entre deux vaisseaux... Elle trouve son point d'orgue dans l'intelligence, la ténacité, l'engagement, le courage, l'inventivité, l'enthousiasme et le professionnalisme des millions d'hommes qui ont construit les vaisseaux, ainsi que des 486 hommes et femmes qui ont vécu, travaillé, dormi, tremblé... et rit aussi dans l'espace.

Que voulons-nous faire ?

Là, cela devient nettement plus flou. Parce que le temps des pioniers a laissé la place à celui des comptables - au point de tuer les sept astronautes de Columbia, en 2003, car le patron de la Nasa d'alors, Sean O'Keefe, n'avait pas voulu d'une inspection télescopique des dégâts au lancement de la navette parce que "ça coûtait trop cher"... Parce que sortir de son berceau ne fait plus partie des priorités de l'Humanité - trop occupée à tenter de résoudre les monstrueux problèmes qu'elle s'est elle-même créée... Parce que la notion même de risque s'est estompée derrière une vision pantouflarde du progrès - priorité à l'industrie, qui étire jusqu'au maximum les technologies issues des grandes avancées scientifiques du XIXe siècle... Parce qu'il vaut mieux continuer à faire ce que l'on sait faire, plutôt que de véritablement innover - l'ISS n'a pas appris grand-chose, depuis la station spatiale russe Mir... Parce que rentabilité, retour sur investissement et mondialisation ont classé les nations entre producteurs et consommateurs - et non plus entre inventeurs et constructeurs...

 

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Et pourtant, il y a tant à faire, tant à explorer, tant à découvrir. Surtout quand on sait  que la télésurveillance a permis de sauver des centaines de millions de tonnes de récoltes. Que l'avenir de nombreux peuples viendra du téléenseignement. Que depuis sa savane africaine natale, l'homme n'a cessé de se poser des questions et y a répondu. Et que 40 % des Américains sont toujours persuadés que la Terre est plate ! Pour paraphraser Carl Sagan (2), le grand astronome américain qui regardait sans cesse vers l'Univers : "Si nous n'y faisions rien, ce serait un beau gâchis d'espace, non ?".

Gagarine, Vostok, cosmonaute, R-7, Korolev« Toute ma vie est désormais devant moi comme une simple inspiration », a écrit Gagarine peu avant son lancement. Cette inspiration, dans tous les sens du terme, l'Humanité en a bien besoin aujourd'hui. Pour poursuivre l'immense aventure qui a débuté il y a 7 millions d'années, non pour la voir se terminer dans le cloaque qu'elle aura créé de ses propres mains sur son vaisseau spatial, la Terre.

Et pour cela, il faudra se ressourcer souvent dans le grand sourire d'un jeune homme né dans un pauvre village russe, si exceptionnel par le talent et si humain par le destin.

PHILIPPE  DAGNEAUX


(1) A lire : Gagarine, Vostok, Korolev, Columbia, R-7, planètes, Soleil, Mars, astronautique"Le rêve spatial inachevé"

Patrick Baudry - Philippe Dagneaux

320 pages, éditions Tallandier, 2001.

 

(2) "Cosmos", Carl Sagan - Ann Druyan, éditions Mazarine, 1981.