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02/05/2011

Fukushima - Superphénix, même combat ?

nucléaire, superphénix, creys, malville, fukushima, neirynck, décotte, élites, chaos, théorie, surgénérateur, neutrons, sodium, CEA, EDFJe viens de retrouver, dans ma bibliothèque, un livre dont j'avais oublié totalement l'existence. Et pourtant, j'aurais dû y penser lorsque les quatre réacteurs nucléaires de la centrale japonaise de Fukushima ont failli, depuis le 11 mars dernier, effectuer des « excursions » nucléaires du plus mauvais effet. Sa relecture m'a convaincu que, souvent, une imagination bien nourrie par des faits précis et des données fiables, est capable de prévoir ce que l'on aimerait éviter.

Ce livre est donc titré « Les cendres de Superphénix ». Coécrit par Jacques Neirynck et Alex Décotte, il a été publié en 1997 par les éditions Desclée de Brouwer. L'ouvrage de 250 pages met en scène un séisme majeur dans les Alpes, qui endommage directement le réacteur à neutrons rapides Superphénix, à Creys-Malville (Isère). La catastrophe qui s'ensuit affecte trois départements français et la plupart des cantons de la Suisse toute proche.

Hormis le tsunami, le lien avec Fukushima est évident. Surtout, ce roman met en lumière l'impréparation, l'impéritie, la suffisance, les petits calculs et les grosses erreurs des élites de notre pays, qu'elles soient politiques ou techniques. Les unes et les autres sortant, c'est bien connu, pratiquement des mêmes écoles.

La théorie du chaos nucléaire franco-français

A cet égard, Superphénix constitue l'un des plus grands flops de l'histoire industrielle récente de la France. Entre 1977 et 1997, ce réacteur prototype de nouvelle technologie a fonctionné durant... 18 mois seulement ! Mais avec un coût totalement prohibitif : plus de 40,5 milliards de francs environ (soit plus de 6 milliards d'euros), sans compter 16,5 milliards de francs (2,5 milliards d'euros) pour son démantèlement !

Il faut souligner qu'à l'époque, le CEA et EDF se lançaient dans une aventurenucléaire, superphénix, creys, malville, fukushima, neirynck, décotte, élites, chaos, théorie, surgénérateur, neutrons, sodium, CEA, EDF technologique majeure : construire un réacteur à neutrons rapides, qui consommait du plutonium plutôt que de l'uranium. De plus, il était refroidi avec 5 000 tonnes de sodium liquide, en lieu et place de l'eau utilisée dans les réacteurs « ordinaires ».

Mais d'erreurs de conception en fuites diverses, en passant par l'effondrement du toit sous le poids de la neige et même une attaque au lance-roquettes, le surgénérateur ne tiendra jamais les promesses de ses concepteurs. Pourtant, cette expérience négative n'est pas perdue, puisque les réacteurs rapides à sodium liquide sont au programme des réacteurs du futur, dits de Génération IV, pour l'horizon 2040-2050. Avec, cette fois, des technologies du XXIe siècle et non des années 70...

Le roman de Neirynck et Décotte, très documenté, décrit une réalité certes hypothétique mais très plausible. Surtout depuis que nous vivons sous les rejets radioactifs – ténus mais réels – des réacteurs accidentés de Fukushima. Avec cette touche de critique franco-française qui leur fait écrire à la fin du livre : « La France est le seul pays où l'impossible se produit toujours et où l'inévitable n'arrive jamais ! ».

PHILIPPE DAGNEAUX

  

27/03/2011

Fukushima-1, calvaire et cauchemar nucléaires (2)

 Que faire du site de Fukushima Daiichi ? Peut-on encore protéger les populations de ses émanations ? Comment vivre à quelques centaines de kilomètres d'une Hydre nucléaire ?

Là aussi, il faut être net : la centrale est condamnée.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsElle demeurera une verrue nucléaire pour les siècles qui viennent. Ou au moins pour les prochaines décennies, selon les experts les plus optimistes. Lorsque le refroidissement sera à nouveau opérationnel – ce qui est loin d'être fait –, que les piscines seront débarrassées de leurs barres pour être retraitées à La Hague – ce qui va faire encore hurler écologistes –, que les cuves des réacteurs seront obturées définitivement – un autre grand défi technique –, viendra le temps de l'encapsulation des réacteurs. Comme à Tchernobyl, chaque bâtiment sera enfoui (y compris par en-dessous) dans un « sarcophage » en acier et béton, afin que la radioactivité y demeure piégée.

Les 3,5 km2 du site de la centrale, sur les 377 944 km2 que compte l'archipel, seront donc définitivement interdits à toute activité autre que de surveillance-sécurité. Mais si l'on inclut la « zone évacuée », d'un rayon d'environ 30 km autour de la centrale, on parvient à près de 1 400 km2 interdits (1). Or, seuls 22 % du territoire sont habitables, soit 80 500 km2, le reste du pays étant occupé par des montagnes (2). Avec une densité moyenne de population de 339,7 habitants par km2, on devine immédiatement l'ampleur des dégâts.

Japon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisonsCe n'est pas tout. L'air et l'eau se chargent progressivement en particules radioactives, l'eau du robinet de Tokyo – à 350 km de Fukushima – devenant impropre à la consommation pour les bébés. De même, poissons et légumes verts présentent des taux de contamination en augmentation depuis plusieurs jours – sans compter les destructions occasionnées par le tsunami du 12 mars dernier. A long terme, ces particules seront précipitées dans la terre par les pluies. Et des éléments présents seulement dans des réacteurs nucléaires, comme l'iode 131 ou divers isotopes du césium, vont déterminer l'avenir de ces populations, ainsi que de leurs territoires.

Prenons l'exemple du césium 137 (137Cs), qui conditionne principalement le niveau d’exposition à long terme des populations. Ce radioélément est à l’origine d’une irradiation externe, du fait des rayons gamma qu’il émet, et d’une contamination interne quand il est ingéré, car il émet également des rayons bêta (3). La demi-vie (ou période) du 137Cs est de 30 ans, c'est-à-dire qu'il perd la moitié de sa radioactivité au bout de 30 ans. Mais des mesures en Belgique, depuis Tchernobyl, ont montré que la quantité de 137Cs ingéré dans le corps a décru bien plus vite que la décroissance radioactive naturelle. Ce qui est une bonne chose. En revanche, pour le 135Cs, les valeurs sont bien pires : sa période est en effet de 2,3 millions d'années !

Le Japon devra donc s'habituer à ne plus pouvoir compter sur une partie de son territoire, jusqu'ici riche de terres cultivables et d'usines diverses. Il devra vivre avec ces six monstres plus ou moins endormis, comme les Ukrainiens se sont habitués à exister à l'ombre de la centrale de Tchernobyl. Les politiques et les industriels devront redistribuer les cartJapon, Fukushima, nucléaire, réacteur, centrale, techniciens, combinaisons, réfugiéses de l'activité économique, en fonction des besoins de la mondialisation et des déplacements de population. Les Etats-Unis ont pu absorber l'exode qui a suivi l'ouragan Katrina, en Louisiane en septembre 2005, grâce à leur immense territoire (9,629 millions de km2). Le problème sera bien plus complexe sur l'archipel nippon, avec 170 000 personnes déplacées et précarisées depuis deux semaines.

L'une des grandes chances du Japon est d'être un pays hautement technologique. Ces capacités lui permettront donc d'affronter le futur pour le moins nébuleux qui se présente à lui. Et qui dépasse déjà ses responsables politiques.

D'ici à 25 ou 30 ans, des gens braveront les interdictions et rentreront chez eux. Comme ces rescapés ukrainiens qui, 25 ans après Tchernobyl, reviennent actuellement dans leurs maisons, mangeant leurs légumes contaminés bien au-delà des doses limites, respirant un air chargé de particules radioactives. Peu leur importe : tous ces « revenants » sont septuagénaires ou octogénaires. Après un quart de siècle d'exil intérieur, autant finir sa vie dans son logis.

Les Japonais, eux, seront toujours tiraillés entre leurs devoirs et leur espoir.

 

(1) Ce n'est pas une erreur de calcul. La zone de 30 km de rayon s'étend en effet sur une surface de 3,14 * r2, soit 2 826 km2. Mais, la moitié de cette superficie est occupée par l'océan...

(2) En France, cela reviendrait à déclarer inhabitable le département des Landes !

(3) Tous ces rayons sont dits ionisants, car ils modifient les éléments chimiques composant les entités biologiques, tout en cassant la structure de l'ADN.